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Répondre au cataclysme environnemental

  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture


Remettons les choses à leur place. Le réchauffement du climat n’est pas une intempérie accidentelle. C’est la conséquence de choix économiques ou politiques consistant à brûler des combustibles fossiles pour disposer d’une énergie quasiment gratuite afin de faire fonctionner une économie de tiroir-caisse. Une économie qui produit d’ailleurs surtout des objets incongrus comme les jacuzzis, les ordinateurs de poche ou l’intelligence artificielle.


On sait fort bien d’où vient ce réchauffement et surtout comment en finir. Ce forfait est documenté et mesuré depuis belle lurette. Les responsables en sont les industriels qui exigent l’énergie bon marché, tournant ainsi la terre en une étoupe inflammable et submersible à la fois. Ainsi que des politiciens complices qui ont revendiqué de poursuivre des projets souvent ineptes nourris à l’énergie charbonnière, gazière et pétrolière pour jouer pénards aux petits chevaux entre amis. On peut y ajouter les citoyens des pays semi-démocratiques qui ont gobé ça juste pour voir. Les uns comme les autres étaient avertis des risques qu’ils faisaient prendre à tous les vivants à l’issue de ces choix. Choix partout brutaux comme des murs de béton, notamment aux États Unis d’Amérique, en Russie, en Chine ou en Inde où l’esthétique du bras d’honneur fanfaronne la supériorité de l’un ou de l’autre de ces jobards concernant le projet de tiroir-caisse indéfini.


La question qui se pose à chacun dans le sillage de cet événement étrange tient à la façon d’y faire front. Une première réponse est dans la tradition mythique de l’élégance. C’était mon boulot d’éviter la catastrophe, j’ai foiré, salut. La démission est une façon d’avouer n’avoir pas été à la hauteur. Cela signifie soit que la tâche était trop haute, soit que je suis trop petit, soit les deux. C’est la seule façon de reprendre la réponse sans esquiver la question. Pas un personnage politique ni en France ni ailleurs n’a signalé la moindre inclination à une dignité permettant d’espérer ce geste. D’autant que ces gens se tiennent par la barbichette car tous, ou bien savaient de quoi il retournait et n’ont rien fait, ou bien n’ont pas vu venir ce qui, pire encore, est un aveu de sottise. C'est ma réponse préférée.


Une autre façon de répondre à la tragédie actuelle est pénale. Il s’agirait de sortir d’un chapeau une nouvelle catégorie de crime de masse mesurable en souffrances insondables, en morts par milliards, en pertes gigantesques, en détricotage de valeurs. Le réchauffement planétaire de cette dernière canicule, ultime effet perceptible, est attaché par une chaîne causale à l’écrasement de la biodiversité, à l’invasion des poisons et des plastiques dans la biosphère et jusque dans les cellules des vivants, à l’encombrement de la terre, du ciel et des mers par nos déjections immondes. Pertes vertigineuses, souffrances indicibles. Tout ça devrait se payer, non ? Pour mettre en œuvre un appareil judiciaire en rapport avec les menaces pesant sur le vivant il faudrait passer par une secousse collective de la dimension mémorielle de Nuremberg. Secousse qui inventerait le crime de biocide, encore loin de la préoccupation des populations biberonnées pour le moment aux écrans de l’illusion et à la prestidigitation technologique. Sérieuse, la voie pénale, mais assez difficile à mettre en œuvre.


Il existe une troisième réponse à la spirale mortifère dans laquelle nous sommes engagés, c’est celle qui prend en compte la folie qui nous est devenue collective par la cynique mégalomanie de quelques-uns. Cette troisième réponse aux effets aussi nombreux que disparates de l’inaction, est la vengeance. L’inaction environnementale constitue un crime à ciel ouvert fait de ribambelles de renoncements, de calculs sordides et de complicités minables, de retours d’ascenseurs honteux, de peurs inavouables. On ne va pas laisser passer ces affronts les bras ballants.


Je souhaite pour ma part ardemment que les salopards à qui nous devons les canicules mortelles ou les inondations qui immergent des pays entiers sous les eaux, mais aussi l’empoisonnement des nourritures de nos enfants, la disparition sans recours de nos compagnons d’écosystème : renards, mésanges, loutres, guêpes, loups, buis, chênes, rosiers, moustiques, etc. et tout le vivant avec qui nous ne faisons qu’un, ... je souhaiterais vraiment donc, que ceux qui ont contribué en pleine conscience à cette tentative d’assassinat de masse disparaissent de mon horizon pour de bon. La vengeance peut s’exercer sans haine, mais pas sans détermination. Elle peut venir de partout et on dit qu’elle est plat qui se mange froid. Elle devrait être à la mesure de l’arasement des promesses de la vie. Peut-être est-il encore temps d'éviter ça.


Ces perspectives ne correspondent pas aux joies des petits matins frais de printemps innocents, mais on ne peut pas attendre que la planète ait fondue pour redresser le front. On n’est pas dans une vidéo à trois balles. Nous n’avons qu’une vie chacun et qu’une seule terre en partage. C’est la règle du jeu grandeur nature.


 
 
 

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Marc Hatzfeld, Sociologue des marges sociales
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